L'acte premier pour honorer son Soi est la revendication de la conscience :  le choix de penser, d'être conscient, de porter un regard curieux et ouvert sur le monde extérieur et sur notre nature profonde. Manquer à cet acte de choix revient à trahir l'honneur de son Soi au niveau le plus élémentaire.

Honorer son Soi, c'est être disposé à penser par soi-même, à vivre selon nos propres normes, et avoir le courage de ses propres perceptions et jugements.



Brandon - 1983








Mon témoignage


J'ai toujours été habitée d'un curieux sentiment, comme si j'étais à la fois d'ici et d'ailleurs... Peut-être le fait d'avoir souvent été regardée comme une "extraterrestre" depuis la petite enfance a-t-il aussi contribué à cet état de chose.


Dès l'âge de 7 ans, j'ai découvert que je vivais dans un monde où l'intolérance, la discrimination et le rejet de l'Autre étaient la régle.

Je vivais alors une situation familiale si douloureuse que je ne parvenais plus à manger et que je m'étais murée dans le silence. Symboliquement, plus rien ne pouvait ni entrer en moi ni sortir de moi...

Sur les conseils de mon institutrice, ma mère prit rendez-vous dans un Centre Médico-Psychologique. Au matin d'une journée de tests, j'y rentrais avec une suspicion d'autisme ; le soir, j'en resortais avec l'étiquette de "surdouée". Résultat : on me fit sauter deux classes d'un coup.
À partir de là, rien ne fut plus jamais pareil. Il pesait sur moi une énorme pression, celle des adultes qui se projetaient à travers moi. Sans cesse, je devais être "à la hauteur de mon QI", on ne me passait jamais rien ! Certains de mes professeurs me détestaient car je représentais pour eux ce qu'ils auraient aimé être et ne seraient jamais ; mes camarades me jalousaient férocement. Ils étaient pour moi de parfaits étrangers et nous n'avions rien à échanger.

À 12 ans, mes camarades en avaient 15/16 ; ils étaient en pleine crise de puberté et s'intéressaient davantage à leurs premiers émois sexuels qu'aux études. Moi, je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux, je discutais philosophie pendant des heures avec une pionne du collège, j'écrivais de la poésie, je faisais du théâtre, etc. Bref, j'étais insatiable !


Étant devenue totalement ingérable, rebelle et révoltée, j'avais atterri dans un établissement privé, un collège dont le directeur était un ancien gradé de l'armée ! À la fin de la 3ème, dans le cadre de journées d'évaluation en vue de notre orientation future, nous eûmes droit à toute une batterie de tests dont les résultats furent communiqués aux parents. Évidemment, ma mère eut le privilège d'un entretien particulier avec le directeur au cours duquel les grandes lignes de mon avenir furent tracées, sans m'avoir préalablement consultée à ce sujet et sans mon accord, bien entendu... C'est ainsi qu'à mon arrivée en Seconde, alors que voulant devenir avocate j'avais tout naturellement intégré la section A (Lettres - Langues - Philo), je fus redirigée vers la section C (Maths - Physique - Chimie).

Scandale : l'année du Bac, lors des vacances de Pâques, je fus invitée à ne pas reparaître au lycée tant j'y avais "semé le bordel" ! J'étais entrée en résistance : on attendait de moi que je devienne une brillante scientifique ? Pas encore 15 ans, sans le bac obligatoire et n'ayant pas l'âge requis, je passais un pré-examen qui me permit de me présenter au concours d'entrée des Beaux-Arts !


Et ainsi de suite... Je vous épargnerai l'énoncé détaillé de mon parcours qui, au final, est parfaitement multi-cartes et pluridisciplinaire.


Mais au plan humain, l'essentiel n'est pas là.

Je pourrais témoigner de la solitude. De ce sentiment poignant d'une effroyable solitude. De cette sensation permanente de décalage, de n'être jamais là où l'on m'attend, d'être "mise en réduction" à travers le prisme du regard d'autrui, un regard souvent évaluateur, simplificateur, approximatif, déformant...

Je pourrais vous parler de la souffrance qui consiste à se tenir debout bon gré mal gré, à avancer et à se sentir perdue, comme étrangère en ce monde où les autres nous regardent comme des "aliens". Cette souffrance qui vient du fait que nous, les HP, nous sommes des "hyper tout" : hyper véloces, hyper sensibles, hyper engagés, hyper loyaux, etc.

Je pourrais parler de ces années à me minimiser pour ne pas blesser, pour tenter de "faire comme tout le monde", ces années à tenter de gommer les aspérités de ma différence et passer inaperçue...

Je pourrais parler de ces soirées impossibles, de ces heures à écouter les discours fats et ronflants d'imbéciles imbus d'eux-mêmes et de leurs quelques connaissances... Et me taire, ronger mon frein, finir par exploser en quelques phrases cinglantes, me faisant au passage quelques ennemis de plus... Ou observer et me murer dans le silence puis quitter la table, n'en pouvant plus.

Je pourrais aussi parler de la surenchère et de la compétition idiote : évidemment, si au cours d'une soirée je raconte que j'ai passé une semaine chez les Inuits, il se trouvera forcément autour de la table une personne pour prétendre avoir vécu un an avec les Esquimaux !!!



Discriminations et racisme - Lorsque la violence ordinaire des mots est psychologiquement meurtrière


Au niveau social, on parle beaucoup du racisme. De la discrimination envers les personnes d'origine ethnique différente, du rejet envers les immigrés, de la méfiance envers les individus ayant une autre couleur de peau, d'autres croyances, etc. Mais il est une forme de discrimination beaucoup plus insidieuse qui se nourrit de nos intolérances larvées, de nos aveuglements drapés de bonne conscience et de nos certitudes d'être "dans le vrai" et sur "la bonne voie"...
Ainsi en est-il quotidiennement dans nos pays soi-disant évolués à l'endroit des minorités dont certaines devraient surtout se faire oublier (comme les Roms, les handicapés et, bien sûr, les homosexuels par exemple...).

Encore heureux - pense le citoyen lambda bien sous tous rapports - que ces minorités aient le droit d'exister. Alors, surtout, qu'elles se tiennent tranquilles et ne fassent pas de vagues ! Se montrer, oser revendiquer ... Quelle indécence !

Pourtant, c'est ici la Racine du Mal, la racine de l'eugénisme social. Celui qui se retranche derrière de fausses vertus, qui se justifie au nom de ses valeurs morales et religieuses, ou qui se prévaut de critères d'appartenance à une élite autoproclamée, quelle qu'elle soit.




Et hop ! En haut de la Page...